Lyon, le 10 novembre 2010
Communiqué de la Fédération du Rhône de la Libre Pensée
L’Hôtel-Dieu de Lyon
Gérard Collomb, maire de Lyon et président du Conseil d’administration des HCL vient de fermer définitivement l’hôpital de l’Hôtel-Dieu, privant les Lyonnais du dernier hôpital public de proximité en centre-ville.
Le site de l’Hôtel-Dieu devrait être remis par les HCL à la société privée Eiffage qui va le transformer pour y installer un hôtel et des boutiques de luxe.
Ces décisions s’inscrivent dans un contexte de remise en cause du droit à la santé et à la gratuité des soins, politique qui se traduit par des fermetures massives de lits et d’hôpitaux publics.
A ce scandale, pourrait s’en ajouter un autre. Le cardinal Barbarin demande que 4 à 5000 m² du site soient réservés à l’établissement d’un « Pôle Régional de Promotion de la Santé », dans le cadre d’une « Fondation Hôtel-Dieu XXIème siècle ». Projets louables ? Il faut clarifier deux choses.
D’une part, la pétition qui soutient le projet propose « que soit installée au sein de l’hôpital une Maison médicale de garde, pour répondre à la fois aux urgences de première ligne et aux besoins de santé des plus déshérités » et dans le même temps, ses initiateurs acceptent de se plier au cahier des charges imposé par les HCL, interdisant tout acte médical sur le site. Les signataires de la pétition sont ainsi trompés.
D’autre part, le projet veut promouvoir « un Centre multidisciplinaire de promotion de la santé, qui aurait pour missions de renforcer le lien social, la prise en compte des plus fragiles de nos concitoyens, notamment par l’éducation pour la santé, les médiations culturelles, le droit des usagers, etc… » Le projet émane des milieux catholiques, le cardinal Barbarin étant représenté dans le comité des initiateurs par le « délégué épiscopal du diocèse de la Pastorale de la Santé », le R.P. Bruno Marie Duffé chargé d’y imposer les normes du Vatican dans le domaine médical. Or, chacun connaît les positions réactionnaires de l’Eglise catholique condamnant aussi bien l’IVG que les recherches sur les embryons humains ou la fécondation in vitro, s’indignant même que le professeur Edwards, pionnier en ce domaine, ait reçu le Prix Nobel, présentant le SIDA comme une punition divine et s’opposant à l’euthanasie volontaire.
L’Eglise catholique dispose dans le cadre des lois de la République de la possibilité de créer si elle le désire un « Pôle Régional de Promotion de la Santé », mais son installation dans l’enceinte d’un bâtiment des HCL (Eiffage ne disposant que d’un bail emphytéotique d’usage des lieux) serait lui reconnaître un caractère officiel à forte valeur symbolique à l’endroit même où fonctionnait le Centre d’orthogénie avant d’en être délogé. Une telle reconnaissance justifierait que la Fondation, envisagée comme cadre juridique, sollicite et obtienne des subventions publiques d’investissement et de fonctionnement. Cette caution apportée à l’Eglise catholique et à sa politique réactionnaire dans le domaine de la santé publique ajouterait, au scandale de la fermeture de l’hôpital de l’Hôtel-Dieu, une atteinte intolérable à la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905.
Rien n’est encore définitif mais des décisions d’urgence sont à prendre. Les pressions se renforcent pour financer le projet Barbarin. C’est Denis Broliquier, maire de droite du 2ème arrondissement, qui le demande expressément. C’est Thierry Philip, maire de gauche du 3ème arrondissement, qui a déjà fait voter par le Conseil régional l’énorme subvention de 150 000 € pour de simples « études de faisabilité ».
Il appartient à Monsieur le Maire de Lyon, aux élus de revenir sur la décision de fermeture de l’Hôtel-Dieu afin de maintenir sur ce site des activités d’un hôpital public de proximité nécessaires en centre-ville à la population lyonnaise et de s’opposer aux prétentions cléricales de l’archevêché.