Q1 : Bonjour Sylvie. Vous venez de donner un concert sur GRACCHUS BABEUF. Avant d'aborder le fond du sujet, peux-tu nous présenter ton parcours, qu'il soit artistique ou militant et la chorale qui a réalisé ce travail

En ce qui concerne mon parcours, j’ai d’abord fait des études d’architecture et j’ai travaillé pendant une douzaine d’années dans une agence, avant de me retrouver au chômage technique. Je me suis alors reconvertie dans l’enseignement spécialisé. Ce fut ma deuxième erreur d’aiguillage… Parallèlement pour donner un peu de goût à ma vie j’ai pratiqué la musique en amateur : piano, guitare basson et chant. L’opéra étant ma passion depuis l’enfance je suis entrée à l’école des chœurs de l’opéra de Lyon et j’y ai participé à plusieurs productions, soit dans les chœurs, soit en figuration. En 1992 j’ai découvert les Chœurs de Givors et j’ai immédiatement été séduite par leur répertoire varié, leur engagement, l’exigence musicale et la pédagogie de leur chef Pierre Vallin. Au bout de quelques années j’en suis devenue présidente et j’ai conçu, écrit et /ou mis en scène quelques spectacles. Ce chœur a fêté ses 50 ans en 2025.

Q2 : Venons-en à votre production. Pourquoi avez-vous choisi ce militant révolutionnaire comme sujet ? Il reste encore peu connu de l'opinion publique qui connait au mieux les acteurs principaux comme Robespierre, Danton, Marat.

En effet, c’est bien pour ça que Pierre Vallin a désiré lui dédier un opéra. Le père de Pierre a été maire communiste de Givors pendant une quarantaine d’années, il avait fait poser une plaque au nom de Gracchus Babeuf dans sa ville. Pierre m’a demandé un jour d’écrire un opéra sur la vie de ce dernier. Je suis tombée des nues, pensant ne pas en être capable, et pas très motivée par le sujet au premier abord car moi non plus je ne connaissais pas bien le personnage. Mais je m’y suis mise, et je me suis prise au jeu.

Q3 : Sur la partie artistique, comment as-tu sélectionné les éléments restitués pour écrire ton livret ? Pourquoi lui donner la forme d'un opéra ? Que représente le chœur dans votre travail ?

Le mot « opéra » a été prononcé par Pierre Vallin et a résonné dans mon cœur, comme je te l’ai dit j’ai toujours adoré l’opéra. C’est ce qui m’a motivée à commencer des recherches. Vive Internet ! La vie foisonnante et engagée de ce personnage m’a parue impossible à retracer dans son intégralité, c’est pourquoi je me suis centrée sur la dernière partie de sa vie.

Les contraintes d’écritures étaient nombreuses car je devais permettre aux chœurs d’avoir un grand rôle chanté, mais ayant affaire à des amateurs je ne pouvais pas imaginer que tous apprennent les chants par cœur ni ne soient capables de « jouer » des personnages.

Je devais aussi trouver des figures féminines, vu le grand nombre de femmes dans le chœur, et une histoire d’amour, indispensable dans un opéra. Je l’ai donc inventée, cette histoire d’amour, en prenant garde de ne pas « salir » la réputation de Babeuf. Et ce sont les femmes qui démarrent la pièce en chantant leur inquiétude face à l’engagement grandissant de leurs maris.

J’ai utilisé les « éléments de langage » comme on dit aujourd’hui pour faire exister les personnages à travers les textes. J’ai mis en avant Sylvain Maréchal, car son statut de poète m’a paru intéressant à développer. Lui et Babeuf lisent le vrai texte du manifeste des Egaux, toutefois raccourci. Les accusations et le verdict sont tirés des minutes du procès.

La composition musicale de Pierre Vallin a sublimé le texte, j’ai fini par oublier que c’était moi qui l’avais écrit !

J’avais de grandes ambitions de mises en scène, vite mises à mal par l’exiguïté de la scène du théâtre de Givors et les contraintes budgétaires, c’est mon grand regret.

Q4 : Penses-tu que les propositions de la conjuration des égaux résonnent encore aujourd'hui ?

Bien sûr, même si avec le recul cela peut paraitre très utopique. C’est d’ailleurs un amer constat, la lutte pour l’égalité semble ne jamais pouvoir connaître de fin malgré les mots d’espoir chantés dans le chœur final. Et le pire c’est que depuis que l’opéra a été écrit l’égalité semble de plus en plus en régression.

Q5 : pour finir, un mot personnel de ton ressenti sur votre travail accompli et un mot pour les lecteurs de la LIBRE PENSEE ?     

L’accueil favorable du public m’a stupéfiée ! Les répétitions étaient tellement laborieuses, nous aurions dû répéter encore de nombreuses fois avant de montrer le spectacle et je m’attendais à une catastrophe. Des catastrophes il y en a eu, mais le public ne nous en a pas tenu rigueur. Depuis Pierre et moi avons retravaillé le texte et certaines liaisons musicales pour éviter des longueurs constatées et nous avons rajouté un quatuor de solistes. Par conséquent nous aimerions pouvoir le redonner : si certains lecteurs de LIBRE PENSEE ont des contacts qui pourraient nous le permettre, ça serait génial !

Lien pour le teaser :

https://drive.google.com/file/d/1ekrVWcfsP-4aPwxQ1sMKOclfm1xc8djC/view?usp=drivesdk

2026 01 CONCERT 1

2026 01 CONCERT 2

2026 01 CONCERT 3

2026 01 CONCERT 4

 

Suppression de l’INIRR : entre volonté de contrôle de l'église sur les associations et « recours excessif à la compensation financière »
La Conférence des Évêques de France a décidé, jeudi 26 mars 2026, la suppression de l’Instance Nationale Indépendante de Reconnaissance et de Réparation (INIRR) pour la remplacer par une structure qui, à juste titre, inquiète les victimes de l’Eglise et les associations qui défendent leurs droits à réparation. Cette structure est annoncée comme entrant en vigueur au 1er septembre 2026.
Comme le fait remarquer Nanou Couturier, présidente de l'association des « Abusés de l'église - Tous ensemble ! », la mise en place de cette nouvelle structure crée un problème pour les victimes dont le dossier est en cours. Au 18 février 2026, 1813 demandes de reconnaissance et de réparation étaient comptabilisées sur le site de l'INIRR, pour 1067 décisions rendues. Ce sont donc 746 dossiers dont on ne sait pas comment ils seront clos pendant le peu de mois qui restent. Cette inquiétude est d’ailleurs reconnue par Madame Derain de Vaucresson, présidente de l'INIRR.
Certes le fonctionnement de l’INIRR était largement critiquable, depuis que cette instance a été créée, fin 2021, en réponse au rapport de M. Jean-Marc Sauvé : nombre de victimes ont touché des réparations qu’elles ont jugé insuffisantes, selon un tableau de critères technocratique et largement arbitraire, par des personnes qui n’étaient pas des professionnels de la réparation (comme il en existe pour les victimes de catastrophes naturelles, par exemple). Elle garantissait néanmoins une relative indépendance par rapport aux diocèses, et faisait abstraction des croyances ou non-croyances des victimes, ce qui n’est pas sans importance puisque si certaines continuaient à se considérer membres de l’Eglise, d’autres avaient perdu la foi (fréquemment), du moins toute confiance en l’autorité ecclésiale avec qui elles ne voulaient plus rien avoir à faire.
« Les personnes victimes sont souvent loin de l’Église. Elles n’auront pas forcément envie de s’adresser à un dispositif diocésain », déclarait dans une tribune de La Croix Mme Mélanie Debrabant, présidente de l’association Fraternité Victime, en redoutant que les diocèses ne disposent pas des compétences nécessaires pour recueillir la parole.
Comme il est dit dans l’article de Médiapart daté du13 avril, l’inquiétude des associations « n’est pas abstraite, elle repose sur un constat simple : rien, dans le dispositif annoncé, ne garantit l’indépendance réelle de cette future instance vis-à-vis de la hiérarchie de l’Église catholique. »
C’est même exactement le contraire, d’autant que les associations de victimes n’ont jamais été associées à la décision de la Conférence des Evêques de France. Elles se déclarent pourtant porteuses d’une expertise qui ne sera pas utilisée.
« Renaître », tel est le nom de la structure annoncée … Mais de quelle renaissance est-il question ?
Le 2ème dernier rapport de la Commission pontificale pour la protection des mineurs Tutela Minorum revient sur les pratiques de réparation des églises pour aller « dans le sens d'une conversion continue ». Les moyens de réparation avancés vont de la création de centres d'écoute à la mise en place de services de soutien psychologique, à la reconnaissance et aux excuses publiques, et à une communication plus transparente. (Ce ne sera pas difficile !)
Mais elle parle aussi d’associer les victimes survivantes « à l'élaboration des politiques et des procédures de sauvegarde de l'Église », ce qui signifie qu’il s'agira de placer les associations sous l’autorité diocésaine … afin de réparer l’institution ! Mais comme le dit Madame Yolande du Fayet de la Tour, présidente de l'association « De la parole aux actes » (voir la Raison de mars 2026) : « Nous n'avons pas d'énergie à fournir à l'église pour réviser sa théologie sa gouvernance notre énergie est consacrée aux victimes. »
En effet, comment accepter que la reconnaissance et la réparation des crimes et délits sexuels couverts par l’Eglise continuent d’être organisées, directement ou indirectement, par l’institution responsable ? Qui doit « renaître » ? Les victimes, ou les criminels ?
Et qu’en sera-t-il du montant des réparations ?
Peut-on s'attendre à une réévaluation des sommes accordées ? En tous les cas, ce n’est pas l’objectif annoncé. Le rapport Titula Minorum est très clair à ce sujet, il précise au sujet des réparations : « Bien que certaines parties de l'église dans les Amériques en Europe et en Océanie s'investissent fortement en faveur des réparations, le recours excessif à la compensation financière gêne la compréhension globale des enjeux de réparation et de guérison pour les victimes survivantes. Une partie importante de l'Amérique centrale et du Sud, de l'Afrique et de l'Asie manque encore de ressources spécifiques suffisantes pour accompagner les victimes / survivants. »
« Un recours excessif à la compensation financière », tout est dit !
En quatre ans, 1 786 personnes victimes ont adressé une demande de reconnaissance et de réparation à l’INIRR, dont 270 en 2025. Hélas ! nous ne pouvons pas intégrer à ces chiffres les victimes qui se sont suicidées. Et nous rappellerons que le rapport Sauvé estime à. 330 000 le nombre de mineurs victimes de violences sexuelles dans l’Église depuis 1950.

Migrants mineurs isolés à Lyon : La  Lettre mensuelle d’informations de la Fédération du Rhône de la Libre Pensée a Interviewé le COLLECTIF SOUTIENS/MIGRANTS CROIX-ROUSSE

 

Propos recueillis par Xavier HYVERT ; membre du bureau de la Fédération du Rhône de la Libre Pensée.

La Fédération du Rhône de la Libre Pensée remercie le COLLECTIF SOUTIENS/MIGRANTS CROIX ROUSSE (Nommé dans la suite CSM/XR), dont elle salue l’action et son représentant,  pour avoir accepté cet interview.

La lettre mensuelle : Cette interview a lieu au moment où la France vient d’être accusée par l’ONU de « violations graves » des droits des enfants migrants. Un article de Médiapart rapporte que : « Dans un rapport publié le 16 octobre 2025, le Comité des droits de l’enfant des Nations unies (CRC) affirme qu’en France, beaucoup de migrants ne pouvant accéder au système de protection de l’enfance se retrouvent sans abri, privés de soins de base et vivant dans des conditions «dégradantes ». Le CRC constate qu’un « grand nombre » de ceux qui se déclarent enfants sont traités comme des adultes, à la suite de procédures d’évaluation de l’âge jugées « défaillantes ». Alors que la loi française, selon l’ONU « considère les mineurs non accompagnés avant tout comme des enfants ayant besoin de soins et de protection ». Peux-tu, pour les lecteurs de la Lettre mensuelle d’informations de la Fédération du Rhône de la Libre Pensée, te présenter et présenter le COLLECTIF SOUTIENS/MIGRANTS CROIX-ROUSSE ainsi que les raisons de son existence, son histoire en quelques mots ?

CSM/XR : Le Collectif soutiens/migrants Croix-Rousse s'est constitué en 2018/2019 au squat de l'ancien collège Maurice Scève qui avait été « ouvert » (nous revendiquions une « réquisition citoyenne ») par des militants pour héberger des mineurs isolés qui étaient abandonnés par la Métropole de Lyon (en charge de la protection de l'enfance) et qui avaient établis un petit campement dans les jardins de la montée de la Grande Côte à la Croix-Rousse. Ce premier squat a duré deux ans, hébergeant aussi beaucoup de demandeurs d'asile qui se trouvaient à la rue (il y a eu jusqu'à 400 habitants dans ce squat). Le Collectif s'est donc constitué sur le terrain, par la pratique de l'accompagnement des habitants de ce squat et la nécessité de s'organiser, notamment pour préserver le lieu.
Le collectif a toujours eu deux axes dans ses actions  : d'une part, accompagner et soutenir matériellement les personnes exilées subissant la maltraitance institutionnelle du non-accueil, par exemple en ouvrant des squats, et d'autre part, militer, organiser des manifestations, médiatiser la situation pour revendiquer un accueil digne des exilés dans notre pays et, a minima, le respect des droits fondamentaux pour toutes et tous.

 

La lettre mensuelle : Pourrais-tu  décrire la situation des migrants que vous aidez et les différentes actions que vous menez avec le Collectif?

 

CSM/XROUSSE : Aujourd'hui, nous nous concentrons sur le soutien aux mineurs isolés en recours : ces jeunes se présentant comme mineurs et dont la prise en charge est refusée par la Métropole qui, au terme d'une évaluation contestable (un simple entretien), met en doute leur minorité. Pendant la durée de leur recours en justice qui peut durer 6 mois à un an, les jeunes sont abandonnés des institutions, dans une zone grise du droit car « ni mineur, ni majeur », sans aucune ressource. Pourtant, une majorité d'entre elles et eux seront bien reconnus mineurs par la justice des enfants au terme de la procédure de recours.
Le Collectif revendique l'application du principe de présomption de minorité, comme le préconise la Défenseure des Droits, c'est à dire que ces jeunes soient considérés comme mineurs et pris en charge par la protection de l'enfance jusqu'à la fin de leur recours en justice.
C'est parce que la France ne respecte pas ce principe énoncé par la Convention Internationale des Droits de l'Enfant qu'elle a été condamnée à plusieurs reprises par l'ONU et la Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH).
Depuis la fin de l'occupation de l'ancien collège en 2020, le Collectif a ouvert 4 squats, lieux d'hébergement pour les mineurs en recours, dont 3 sont aujourd'hui fermés et géré également deux lieux mis à disposition par les propriétaires, toujours dans des bâtiments vacants inutilisés depuis plusieurs années. Sur ces lieux, le Collectif achète la nourriture pour que les jeunes puissent préparer un repas collectif par jour, paye les fluides (énergie, eau) et les travaux éventuels pour entretenir les bâtiments, fournit les produits d'entretien (hygiène corporelle et ménagère) avec un peu d'aide de la Croix-Rouge, des crédits pour le téléphone,... Actuellement nous hébergeons ainsi 85 jeunes (60 garçons et 25 filles) dans deux lieux.
Malheureusement cela ne suffit pas pour héberger tous les jeunes (quelques centaines à Lyon) et depuis 3 ans, se constituent des campements de mineurs en recours dans la ville de Lyon, pour lesquels nous achetons les tentes, fournissons le minimum pour l'hygiène et l'équipement contre le froid, organisons les dons du voisinage sur place,...
Actuellement, 250 à 300 jeunes (sur)vivent au campement des Chartreux à la Croix-Rousse.

 

La lettre mensuelle : Pourrais-tu  apporter des précisions sur les coûts de revient des actions que vous menez ?

 

CSM/XR : Actuellement nous dépensons environ 6000 euros par mois pour l'accompagnement des presque 400 jeunes que nous soutenons. A titre d'exemple, une bouteille de gaz nous coûte 37 €, nous en achetons 3 par semaine pour le squat du Pa55age, une tente 2 places vaut 30 €, nous en achetons presqu'une cinquantaine par mois pour le campement, un sac de riz de 20 kilos nous coûte 28 €, nous en consommons 4 par semaine pour le Pa55age et un pour la maison des filles, cette semaine nous avons voté un budget de 700 euros pour acheter des bouillottes aux jeunes du campement,...
Nous ne touchons pas de subvention des institutions, tout est financé par la solidarité de particuliers (ou parfois d'organisations militantes comme la vôtre). Nous avons une cagnotte en ligne et nous organisons des fêtes et événements pour visibiliser la situation des jeunes et récolter des fonds, les dons déclarés peuvent faire l'objet de rescrits fiscaux..

 

La lettre mensuelle : Souhaites-tu ajouter quelque chose?

 

CSM/XROUSSE : Notre première banderole, déployée lors d 'une séance du conseil métropolitain disait « Nous ne ferons pas le travail à votre place ». 7 ans plus tard, nous faisons encore beaucoup trop à la place des institutions, mais nous militons toujours pour que celles-ci assument leurs responsabilités afin que nous puissions disparaître.
Il s'agit, à Lyon, de prendre en charge 300 à 400 jeunes qui ne souhaitent qu'aller à l'école, se former pour apprendre un métier et vivre parmi nous. Rien d'insurmontable à nos yeux pour une Métropole de 1,5 millions d'habitants.
Dans l'hexagone, nous estimons à 3500 le nombre de mineurs isolés « en recours » abandonnés des institutions. Pour accompagner 400 jeunes le Collectif Soutiens/Migrants Croix-Rousse  estime le besoin à 72.000€ par an soit 180€ par personne.

La lettre mensuelle vous remercie de ce temps d'interview, LA FEDERATION DU RHÔNE DE LA LIBRE PENSEE VOUS APPELLLE A SOUTENIR  FINANCIEREMENT LE COLLECTIF SOUTIENS/MIGRANTS CROIX-ROUSSE en cliquant sur  https://www.payasso.fr/librepensee69/doncomitemigrants

Les sommes collectées par la Libre Pensée du Rhône lui seront intégralement reversées.

Une invention nommée Jésus par Nicolas Bourgeois

Notre ami Nicolas Bourgeois a publié en 2008 un ouvrage d’exégèse rationaliste sur Jésus, puis a fait un retirage en 2017. Il est complété par un résumé de sa thèse dans une autre publication. Il n’a pas pris une ride et sa lecture est très agréable. Je ne puis que vous recommander sa lecture.
L’auteur tente de se frayer un chemin original entre les Mythistes et les Mythomanes. Il met en avant un « Jésus historique », qui n’a nullement existé, sur lequel il n’y a aucune preuve réelle et intangible de son existence. « Le Jésus historique n’est pas un personnage, c’est un domaine de recherches. Il serait plus juste de parler du « Jésus des historiens. »
Pour lui, les Mythistes « voient en Jésus comme un personnage construit tardivement (deuxième siècle ou après) à partir de mythes païens, grecs, romains, égyptiens, perses, etc.. ». Nous donnerons volontiers la parole à ceux qui voudraient soutenir en argumentant cette thèse contestée par Nicolas Bourgeois. Sapere Aude est fait pour cela.
Il démontre toutes les falsifications et interpolations dans l’Histoire pour tenter de prouver son existence. Il y en a qui sont connues, d’autres moins. « Historique » ne veut pas dire qu’il a existé, mais qu’il est incontestablement entré dans l’Histoire, en forçant quelque peu la porte. Il rappelle fort justement que Paul (Saül de Tarse » n’a jamais connu Jésus dans ses écrits, et que ses « lettres sont des ouvrages de théologie dont l’écriture s’explique aussi bien, que
Jésus ait existé ou pas. »
C’est indéniable. Dans les polémiques avec les cléricaux (j’emploie ce terme à dessein, car « l’existence de Jésus », leur sert à légitimer leurs actions dans les sociétés et les institutions), il nous a été souvent répondu que le Christianisme ne pourrait exister sans l’existence de Jésus. Or, c’est justement le cas : combien de religions, de sectes, d’affabulations ont pu voir le jour à partir de l’invention d’un personnage ou d’un fait inexistant.

Une question essentielle : le Baptême de Jésus

La question du baptême de Jésus est évoquée dans l’ouvrage, d’abord sur le thème des contradictions. « D’après Matthieu et Marc, Jean-le-Baptiste est arrêté et exécuté après avoir baptisé Jésus. D’après Luc, Jésus est baptisé par on ne sait qui après l’arrestation de Jean-le- Baptiste. L’Évangile de Jean ne parle pas du Baptême de Jésus. »

Cette question me semble déterminante pour réduire à néant la religion abrahamique en y ajoutant la question du Péché originel, où « Dieu » est le seul responsable de la Chute, puisque non seulement il laisse faire, alors qu’il pouvait intervenir pour que l’Acte maudit ne s’accomplisse pas, et que c’est lui qui l’organise. Adam et Ève et l’Humanité ad vitam sont punis pour avoir accompli le dessein du Père. Au Tribunal civil des Hommes, c’est le géniteur qui serait condamné et non sa descendance.
Dans mon étude sur le Concile de Nicée (Sapere Aude N°6), j’expliquai le problème : L’Église condamne Arius et lui donne finalement raison. La théorie du Baptême de Jésus par Jean-le- Baptiste ruine entièrement la théorie de « même substance divine » entre les trois composantes de la Trinité.

Si le Fils est de même nature divine que le Père-Dieu, cela n’a aucun sens que Jean-le- Baptiste le baptise. On ne baptise pas Dieu puisqu’il est Dieu et que c’est lui qui a inventé le baptême. Le Credo décidé à Nicée le dit clairement.
Nous croyons en un seul Dieu, Père tout-puissant, créateur de tous les êtres visibles et invisibles.
Et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, né du Père, c’est-à-dire de la substance du Père,
Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu ; engendré, et non fait, consubstantiel au Père, par qui a été fait tout ce qui est au ciel et sur la terre ; qui pour nous, hommes, et pour notre salut est descendu, s’est incarné et s’est fait homme ; a souffert, est ressuscité le troisième jour, est monté aux cieux, et viendra de nouveau juger les vivants et les morts. Et au Saint-Esprit.
Ceux qui disent : « il y a un temps où il n’était pas, avant de naître, il n’était pas ; il a été fait comme les êtres tirés du néant ; il est d’une substance (hypostasis), d’une essence (ousia) différente, il a été créé ; le Fils de Dieu est muable et sujet au changement »,
L’Église catholique et apostolique les anathématise.


Le Fils est « genitus non factus », engendré et non pas fait. Il n’est pas « fils de l’Homme devenu Dieu », mais Dieu dès sa conception, en conséquence, on ne peut baptiser Dieu. Arius défendait la théorie qu’il était Homme devenu Dieu par le Baptême, cela avait alors un sens de faire intervenir Jean-le-Baptiste pour plonger Jésus dans le Jourdain. En clair, l’Église catholique anathématise Arius et lui donne raison en même temps. Elle est coutumière de ce gendre d’hypocrisie.

Rires et affirmations loufoques

Dans sa démonstration Nicolas Bourgeois a souvent beaucoup d‘humour, notamment quand il montre que le Nouveau-Testament est plagié sur l’Ancien, jusqu’à la caricature. Le Prophète Élisée nourrissait cent personnes avec 20 pains, alors que Jésus pour en sustenter 5 000 n’eut besoin que de cinq pains et deux poissons. Champion du Monde ! Le « Christ » devait s’appeler « Jésus » pour ressembler à « Josué », le successeur de Moïse dans l’Ancien- Testament, l’Église a tout volé à tout le monde.

Dans leur manie de mythomane pour prouver une existence qui n’a jamais été, les auteurs chrétiens nous font parfois bien sourire. Il est cité dans l’ouvrage de Joseph Klausner en 1922 que Jésus, par humilité, se prosterna devant une brique. Est-ce là la première version du « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église » ? La brique a précédé la pierre en lui ouvrant le chemin ?
John P.Meier, plus récemment, affirme que le Christ a accompli 33 vrais miracles. Est-ce de cela que provient le Rite Maçonnique Écossais Ancien et Accepté en 33 grades ? Chaque Grade étant « un miracle » par lui-même pour celui et celle qui le reçoit ?
Sont reprises aussi, avec intérêt, les thèses sur les falsifications, comme celle qui mélange Nazareth le village et la secte des Nazoréens, il fallait à toute force introduire le pied dans une chaussure trop petite. L’âne et le bœuf sont le produit d’un emprunt à un évangile apocryphe et la crèche (de la Nativité) n’était qu’une mangeoire pour animaux. « Le juste humilié qui souffre et meurt pour racheter les péchés de son peuple est un thème de l’Ancien-Testament » que l’on rencontre en Psaume 22 et Isaïe 53. Cela ressert pour les 4 Évangélistes reconnus officiellement par l’Église. Ces quelques exemples sont d’excellentes mises en bouche pour que vous dégustiez cet ouvrage, comme il le mérite.
L’auteur montre aussi que les références à Jésus dans les textes juifs et païens n’apparaissent que bien après la diffusion du discours chrétien. Elles ne sont que des reprises et non la preuve de l’existence de Jésus.

Rappelons une évidence pour les Libres Penseurs, il n’y a pas de vérités révélées ou établies dans l’Exégèse rationaliste, il n’y a que de nouvelles pistes et de nouvelles portes ouvertes pour la recherche. Mais tous seront d’accord avec la conclusion de l’auteur : « L’existence de Jésus est une affirmation de foi et non d’Histoire. »
Christian Eyschen

Une invention nommée Jésus par Nicolas Bourgeois – 200 pages – 18€
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A propos d’un article de France Info : La crypte des Brotteaux

 

            Les journalistes aiment bien parler de trumpisation des esprits, pour dissimuler que les fabricants d’idéologie bataillent dur et ferme pour inculquer les idées d’extrême droite, réactionnaires, dans les esprits. Nous en avons un bon exemple avec un article de France Info le 12/10 sur le soulèvement des monarchistes contre la République à Lyon en 1793.

            Après avoir restauré la statue de Louis XIV place Bellecour présentée comme un symbole lyonnais par le maire de Lyon et le président de la métropole, « l’air du temps » amène comme par hasard une émission de France Info qui nous parle d’un lieu de mémoire du « massacre des lyonnais » par la république en 1793, la crypte des Brotteaux.

            Les faits sont rapportés de façon apparemment objective, (interview d’ecclésiastiques), en fait très mensongère, puisqu’il est question de la reprise de la ville passée aux mains des monarchistes, par les troupes de la République, sans dire un mot de ce qu’il se passe à ce moment là dans le pays et en Europe. La contre-révolution à Lyon et partout en France tente d’abattre cette République qui a osé abolir les privilèges de la noblesse et du clergé, et proclamer les droits de l’homme et du citoyen qui sont désignés comme un crime contre Dieu par le pape.

            Il se trouve que Marcel Picquier, décédé l’an dernier, a écrit un livre sur Joseph Chalier, leader des sans culottes lyonnais de 1793, qui donne un aperçu complet clair et documenté de ces événements de Lyon. Il donne aussi une analyse des falsifications de l’Eglise répétées depuis , et que le reportage de France Info reprend intégralement. 

            Résumons: La lutte entre Girondins et Montagnards se crispe lorsque les Girondins cherchent à protéger le roi après son arrestation lors de sa fuite à Varennes. Les girondins engagent la guerre pour sauver le roi qui tourne au désastre après la trahison de certains généraux qui pactisent avec les troupes prussiennes et autrichiennes. C’est le signal de l’offensive tous azimuts contre la République , en Vendée, à Toulon, partout ou c’est possible.

            A Lyon la lutte entre les Montagnards et les Girondins est vive, et contrairement à Paris, ce sont les Girondins qui l’emportent, en organisant un coup de force. Ils procèdent à l’arrestation des Montagnards, de Chalier le leader des sans-culotte et du maire Bertrand. Chalier qui n’a jamais fait exécuter personne est guillotiné. Les girondins organisent une répression massive et toutes les forces monarchistes se précipitent à Lyon qui passe sous le contrôle du général monarchiste de Percy et du clergé réfractaire (la partie du clergé qui appelle à la guerre sainte contre la République). La Convention engagée dans la résistance face à l’invasion extérieure et à la guerre civile intérieure doit envoyer une armée pour reprendre Lyon, noeud stratégique entre Paris et le midi, les frontières de l’Est et l’Italie. Les combats font rage et se terminent par la défaite des monarchistes et du clergé.

            Quelques extraits du livre de Marcel Picquier sur joseph Chalier et ses amis: (éditeur: fédération départementale du Rhône de la Libre Pensée)

            La rebellión royaliste lyonnaise

            «  La rebellión  lyonnaise qui abat la municipalité jacobine est une coalition de contre-révolutionnaires, d’ex-révolutionnaires - feuillants ou girondins - de fabricants, de leurs commis et domestiques, de clercs, de négociants et banquiers satisfaits d’avoir conquis le pouvoir réel et de s’être appropriés les biens nationaux à très bon marché, en raison de la dépréciation des assignats. Il faut ajouter le clergé à cette liste; il avait ,certes, souffert de la confiscation de ses biens et de la Constitution civile du Clergé, mais à Lyon les liens étaient depuis toujours, étroits avec la bourgeoisie : d’ailleurs lorsque Linsolas, le vicaire général de l’Archevêque de Marbeuf, en exil, qui ne mettra jamais les pieds dans sa ville, sera emprisonné, le maire Vittet, pourtant futur élu à la Convention, le fera discrètement libérer. Et ce vicaire général jouera un rôle de premier plan dans la résistance royaliste à la Convention, grâce à la masse de manoeuvre de plusieurs milliers de prêtres réfractaires cachés à Lyon et très actifs (…)

            Le 29 mai, les rebelles rassemblés à Bellecour, sous la présidence de l’avocat Fréminville, un royaliste, organisent trois colonnes d’hommes armés. En empruntant les quais, ils marchent sur l’Hotel de ville qui tombera le soir même au prix de 45 morts et115 blessés.

            Chaliier et ses amis, dont le maire Bertrand, sont jetés en prison. La population ouvrière cherchera à défendre son leader: le 2 juillet, encore à l’instigation des sections du Gourguillon et de St Georges, une foule d’hommes et de femmes se dirige sur la prison de la Roanne en criant : Vive Marat, vive Chalier. Le procureur de la Commune met 10 000 hommes sous les armes, les forme en haie, braque un canon et désarme 200 citoyens environ. » (p 53-54)

            « Le 8 juillet le colonel de Précy, un royaliste notoire, est nommé général de l’armée lyonnaise. Il s’entoure d’officiers supérieurs royalistes bien connus, comme le marquis de Virieu en dépit du fait qu’il rentre d’émigration et s’est compromis par son royalisme ardent (…)

            Le 10 juillet , Lyon franchit le pas et se joint aux fédéralistes en envoyant à Bourges deux commissaires pour participer à la formation, contre la Convention, d’une autre assemblée nationale à Bourges. Le 16 juillet, Chalier est guillotiné. Les ponts sont rompus définitivement avec la Convention qui fait de Chalier, aux cotés de Marat poignardé le 13 juillet et Le Pelletier de Saint Fargeau, assassiné pour avoir voté la mort du roi, un martyr de la Révolution.

            Lé 2 octobre Couthon arrive à Lyon et  ordonne l‘attaque à outrance. Dans la nuit du 8 au 9 octobre, le général de Précy tente une sortie avec 700 hommes. Son arrière garde commandée par le marquis de Vireu est anéantie. Les effectifs de la colonne fondent rapidement sous les assauts des détachements de cavalerie et des paysans appelés aux armes par le tocsin contre les nobles de retour. De Précy disparait aux environs de Feurs. Il y aurait eu 50 survivants. Le 9 octobre la ville est prise. « ((p57-58)

            La répression

            « La répression fera officiellement 1876 victimes, fusillées ou mitraillées aux Brotteaux, guillotinées parce Bellecour ou place des Terreaux.

            Faut-il parler d’une répression barbare et aveugle? Non. Lyon n’était pas le seul lieu de la Nation où le sort de la République se jouait les armes à la main. Pour la Convention révolutionnaire et ses représentants en mission, la question, en ces mois de 1793, était de sauver la République attaquée de tous cotés et par la coalition réactionnaire de toute l’Europe ou de périr avec elle. Ce ne sont pas les révolutionnaires qui avaient commencé la guerre civile. Ils avaient à la gagner.

            C’est ici qu’il faut rappeler les paroles célèbres que Gracchus Babeuf qui venait d’assister aux scènes d’émeutes joyeuses mais sanglantes du 14 juillet 1789, adresse le même jour à sa femme: « Oh que cette joie me faisait mal ! J’étais tout à la fois satisfait et mécontent. Je disais tant mieux et tant pis. Je comprend que le peuple fasse justice, j’approuve cette justice lorsqu’elle est satisfaite par l’anéantissent des coupables, mais pourrait-elle aujourd’hui n’être pas cruelle? Les supplices en tout genre, l’écartèlement, la torture, la roue, les buchers, le fouet, les gibets, les boureaux multipliés partout, nous ont fait de si mauvaises moeurs! Les maitres au lieu de nous policer nous ont fait barbares, parce qu’ils le sont eux-mêmes. Ils récoltent et récolteront ce qu’ils ont semé car tout cela ma pauvre femme, aura ce qu’il parait des suites terribles : nous n’en sommes qu’au début. »

            La commission de Justice Militaire, nommée par Couthon qui jugea les rebelles pris les armes à la main siégea jusqu’au 28 novembre et prononça 106 condamnations sur 156 jugements… A partir du 30 octobre, Fouché et Collot d’Herbois succèdent à Couthon et accélèrent la répression … Cette juridiction est responsable de 1684 condamnations à mort. » (p64-65)

            La Défense de la cause royale

            M Picquier donne ensuite une analyse détaillée des catégories sociales frappées par la répression, car l’Eglise a soutenue que les victimes « exerçaient d’humbles métiers ». Si des petites gens ont été frappées, pour l’essentiel ce sont les nobles, les membres du clergé et la bourgeoisie qui ont été  condamnées, pour leur participation à la contre révolution et non pour leurs opinions religieuses. Ce qui est aussi dissimulé par les historiens de l’Eglise c’est la terreur blanche après Thermidor. Nous renvoyons à l’ouvrage sur Chalier pour suivre cette répression occultée. Puis à partir de 1819, un monument est édifié « A la gloire de Dieu, A la mémoire des victimes du siège de Lyon, 1793 ». En tête des souscripteurs figuraient les noms du comte d’Artois (futur Charles X), du duc et de la duchesse d’Angoulême. Puis une crypte dans l’Eglise des Brotteaux a recueilli les ossements des « martyrs » du siège « pour transmettre à la postérité le souvenir du siège mémorable qu’a soutenue la ville de Lyon pour la défense de la cause royale »

            C’est en 1969 qu’un maire de Lyon Louis Pradel fit adopter un financement pour cette chapelle. Le 4 avril 1987, le Duc d’Anjou, ainé de la maison de Bourbon, est venu s’incliner et déposer une gerbe devant l’ossuaire.

           

           

            On remarque dans le reportage de France Info, un appel des ecclésiastiques pour que les familles recherchent dans leurs ancêtres, s’il n’y aurait pas une victime de la répression , autrement dit une victime de la République. Vieille tactique , quand elle est discréditée l’Eglise prétend être persécutée.

            L’Eglise catholique à Lyon se trouve en grande difficulté du fait des scandales particulièrement nombreux. Face aux victimes des prêtres pédophiles couverts par le cardinal Barbarin, aux révélations stupéfiantes par les dominicains eux-mêmes de la gravité des viols commis par les frères Dominique et Thomas Philippe (communauté St Jean), après la chute de l’abbé Pierre de son piédestal sur le grand mur peint des grands hommes lyonnais, il faut bien restaurer l’image de l’Eglise. Mais est-ce le rôle du service public, en principe laïque, de servir cette triste opération?

             Pourquoi France Info ne donne-t- pas la parole aux victimes actuelles de l’Eglise à Lyon?