Fédération du Rhône de la Libre Pensée

A M. Grégory, maire de Lyon

Lyon, le 9 décembre 2025

Monsieur le Maire,

A l'occasion des 120 ans de la loi de 1905, la mairie de Lyon parraine une série d'événements entre fin novembre et fin janvier, supposément dans le but de célébrer la laïcité. Pour l'essentiel, les protagonistes sont soit des représentants des grands cultes constitués, Eglise catholique en tête, soit des représentants de structures favorables à la loi de 2021 "confortant le respect des principes de la République", dite loi séparatisme, c'est-à-dire la principale tentative de tour de vis autoritaire, nationaliste et clérical imposée aux associations françaises depuis 120 ans.

Constatant cette anomalie, la Libre Pensée du Rhône, conviée par vos services à s'associer à ce programme, a proposé d'organiser en janvier une déclinaison lyonnaise du grand meeting international de la Bourse du Travail à Paris le 6 décembre, où des centaines de personnes se sont réunies à l'appel de la Vigie de la Laïcité, de la Libre Pensée et des principales organisations laïques, avec les syndicats et les organisations de travailleurs immigrés, pour la liberté de conscience, la solidarité internationale et la République sociale. A l'issue de ce meeting, une déclaration a été adoptée, que nous vous joignons pour information.

Vos services ont refusé de parrainer l'événement, arguant de son caractère "trop politique". Ils ont ensuite entrepris de réécrire unilatéralement le descriptif de la soirée, en gommant toute critique de la loi séparatisme, pour nous "proposer" d'inclure ce texte tronqué par leurs soins dans leur communication institutionnelle. La Libre Pensée du Rhône a refusé ce travestissement : l'émancipation laïque n'a pas besoin de tels parrains. Nous prenons bonne note de la réponse de vos services, qui une fois placés au pied du mur, ont fini par nous donner raison sur le fond tout en maintenant leur refus de l'inclure dans le programme des festivités. Vos services qualifient la loi séparatisme de "contestée" : il nous semble contraire qu'il y a consensus dans le mouvement associatif pour demander son abrogation pure et simple.

Oui, monsieur le maire, la laïcité est un principe politique ! Elle n'est pas une vieille chose qu'on commémore dans le vide, ni une religion de substitution, ni une sorte de super œcuménisme qui ménagerait un rond de serviette à l'athéisme subventionné à côté des autres cultes. La laïcité est la garantie de toute objection de conscience, le refus de toute idéologie d'Etat, y compris athée ou séculariste ; à ce titre, elle est la condition de l'émancipation politique et sociale de l'Humanité. Elle n'appartiendra jamais aux "corps intermédiaires" ni aux associations cooptées par l'Etat et les collectivités.

Votre position, Monsieur le Maire, est tout aussi politique que la nôtre : simplement elle n'est pas du même bord. Vous faites le choix d'une laïcité organique et officialisée, avec une bien étrange compagnie. C'est dire combien votre municipalité accorde peu d'importance, au fond, à l'émancipation individuelle et collective, à la transformation sociale, à la république universelle et antiraciste. Votre laïcité est un principe de légitimation de l'ordre établi : à ce titre, elle n'a rien de véritablement laïque.

Le samedi 24 janvier à 16h à la Maison des Sociétés à Bron, la Libre Pensée appelle les syndicats et les associations démocratiques et antiracistes à se réunir et à célébrer le combat laïque et la solidarité internationale. Nous le ferons sans vous.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Maire, l’expression de toute notre considération laïque et républicaine,

Pour la Fédération du Rhône de la Libre Pensée,