Conférence du 24 janvier à Bron : un pas vers l’unité du combat laïque
Après le grand meeting unitaire du samedi 6 décembre à Paris, qui a vu l'essentiel des associations démocratiques, philosophiques ou syndicales attachées aux principes de laïcité et à la loi de 1905, une rencontre de même caractère a eu lieu le 24 janvier à Bron.
Les associations représentées ont partagé la même appréciation sur une évidence qu’il est malheureusement nécessaire de rappeler : la loi de 1905 a été conçue dès l'origine comme une loi de démocratie, de neutralité et de liberté. Il importe de la défendre comme telle.
Sous la présidence de Christian Eyschen, secrétaire général de la libre-pensée, les interventions ont détaillé sous différents aspects les attaques liberticides qui pervertissent la loi : « sécurité globale », « séparatisme », mainmise sur le monde associatif, campagne d’opinion et mesures très concrètes de nature xénophobe et raciste contre une partie de la population.
Loin de la version œcuménique et officialisée de la laïcité portée par la ville de Lyon, qui avait choisi de faire l’impasse sur certains enjeux sensibles, les syndicats et associations démocratiques et antiracistes présentes ont détaillé ce que devait être aujourd’hui le combat laïque et la solidarité internationale.
Ø Combat pour l’abrogation de la loi Debré, comme l’ont exposé les syndicalistes enseignants présents, mais pas eux seulement, tant il est vrai que cette loi séparatiste (à sa façon) met en jeu l’ensemble de l’édifice républicain.
Ø Pour la liberté associative : et donc pour l’abrogation de loi dite « sécurité globale » et du contrat d’engagement républicain qui tend à faire des associations des supplétifs de l’Etat. Un récent rapport de l’Observatoire des libertés associatives a d’ailleurs confirmé à quel point ces libertés ont reculé au cours des dernières années.
Ø Contre l’instrumentalisation de la loi de 1905 à des fins xénophobes ou racistes, et contre disposition anti-immigrés au nom d’une laïcité détournée. C’est en ce sens qu’une solidarité a été affirmée avec les mineurs-migrants maintenus à la rue, dans des conditions indignes. Le représentant du collectif « Mineurs migrants » de la Croix-Rousse » a témoigné en ce sens.
Rappelons les termes de l’appel à cette rencontre : "120 ans après l'adoption de la loi de décembre 1905 sur la séparation des Églises et de l'État, nous assistons chaque jour au dévoiement des idéaux émancipateurs qui inspirèrent cette mesure. De la loi Debré à la loi dite "séparatisme", la Ve République n'a eu de cesse de remettre en cause la liberté de conscience et de promouvoir la cogestion avec les cultes et les privilèges de l'Église catholique. Une fuite en avant répressive et xénophobe est engagée.
L'heure est à la mobilisation du mouvement syndical, démocratique et internationaliste contre cette instrumentalisation dévoyée de la laïcité."
Ont pris la parole, sous la présidence de Christian Eyschen, secrétaire général de la Libre Pensée :
Maud Millier, Secrétaire générale de l’UD – CGT
Myriam Matonog, pour la Ligue des Droits de l’Homme, section « Confluence »
Xavier Boiston, Secrétaire général de l’UD – CGT Force Ouvrière
Amar Ayam, pour la Ligue des Droits de l’Homme – section Lyon 9e – Ouest lyonnais
François Bourcier, de la Grande Loge Memphis-Misraïm
Pierre Girod – Fédération du Rhône de la Libre Pensée
Thomas Gathier – de la FSU Lyon
Michel Christian – FCPE du Rhône
Muriel Dachary – de la FNEC – FP- FO
Baudoin Delépine - Délégué de l’ADMD du Rhône
Nadine Benmahdi, syndicaliste UNSA
Un représentant du Collectif de soutien « Mineurs migrants » de la Croix-Rousse
Messages Union rationaliste et « Solidarité laïque » (Michel Debon – vice-président national).
Avec le soutien de l’UJFP (Union Juive Française pour la Paix)
Pour la Laïcité et la liberté de conscience !
Pour la démocratie !
Contre le racisme !
La loi de 1905 a été conçue dès l'origine comme une loi de démocratie, de neutralité et de liberté. Elle doit le rester !
L'intervention de la LP69 : Salut au nom de la fédération du Rhône de la libre-pensée
Je voudrais revenir un instant sur la façon dont cette assemblée a été annoncée. Il semble que cette histoire écclaire de façon instructive les problèmes que nous rencontrons aujourd'hui pour défendre la loi de 1905 dans sa lettre et dans son esprit, comme une loi de liberté. Cet épisode montre combien cette question est hautement politique.
La municipalité de Lyon a organisé une commémoration pour le 120e anniversaire de la loi de 1905. Elle a assuré la publicité des initiatives prises par les différents partenaires de l’événement pour « réfléchir sur les enjeux actuels de la laïcité », par leur annonce entre autres sur le site municipal : une série de rencontres et de tables-rondes organisées pour nombre d’entre elles par les cultes constitués. Ce qui bien entendu est leur droit, mais laissait déjà cependant un doute sur une certaine conception « œcuménique » de l'événement, où on cherchait à éviter tout conflit, ce qui aurait été inévitable avec les représentants de structures favorables à la loi de 2021 confortant les principes de la République
Nous avons donc dans un premier temps proposé l’annonce du meeting parisien du 6 décembre. Refus, au motif qu'il ne s'agissait pas d'un événement local, comme si les questions de laïcité changeaient de nature hors des limites du diocèse ! La loi de 1905 est pourtant une loi républicaine et jusqu’à preuve du contraire la République est indivisible. Du reste nous avons été une quinzaine de Lyon à faire le déplacement à Paris, parmi lesquels des représentants de plusieurs associations présentes aujourd'hui.
Nous avons alors proposé d'annoncer la rencontre de Bron de ce 24 janvier. Bron se situe bien dans la Métropole. Voici les termes de cette annonce : « La laïcité entre république et révolution » Organisée par La Libre Pensée du Rhône
120 ans après la loi de 1905, la laïcité est toujours au centre de l'affrontement entre les nostalgiques d'une république a minima, conservatrice et respectueuse de l'ordre établi, et les forces de la transformation sociale et de l'approfondissement démocratique. Depuis 2021 et l'adoption de la loi "séparatisme" le contournement de la loi de 1905 au bénéfice de l'Église catholique est redoublé par un dévoiement légal aux forts relents autoritaires, antisyndicaux voire néocoloniaux. Au cours de ce meeting, les interventions de militants démocratiques, syndicaux et antiracistes proposeront un chemin pour renouer avec l'aspiration émancipatrice et révolutionnaire du projet laïque.
Refus de la municipalité, la présentation étant jugée trop politique et trop polémique. On nous a donc proposé la réécriture suivante :
À l’occasion des 120 ans de la loi de 1905, cette conférence propose un éclairage sur les débats contemporains autour de la laïcité et de son évolution. Les intervenants — issus de différents mouvements démocratiques, syndicaux et citoyens — reviendront sur les principales transformations qu’a connues le cadre législatif depuis plusieurs années, notamment au regard des lois récentes relatives aux questions de séparatisme et de cohésion républicaine.
Ils analyseront la manière dont ces évolutions sont perçues dans le débat public, et leurs implications pour les libertés associatives, syndicales et les dynamiques sociales, ainsi que les tensions qu’elles peuvent susciter. La rencontre visera à proposer des pistes de réflexion sur les façons de préserver l’esprit originel de la loi de 1905, pensé comme un projet d’émancipation et de construction démocratique, tout en tenant compte des enjeux actuels et des attentes sociales.
La perspective révolutionnaire était pourtant assumée par les fondateurs de la loi a dû épouvanter nos édiles locaux. Rappelons ce que disait Jaurès à la tribune : « La France n'est pas schismatique, elle est révolutionnaire. » Pour Jaurès la laïcité était inséparable su combat pour l'émancipation sociale. Le fait de désigner l'église catholique comme principale bénéficiaire des entorses répétées par la loi de 1905, voire sa dénaturation profonde, cela ne pouvait pas s'évoquer dans un débat policé, entre gens de bonne compagnie. Exit cette mention de l’Eglise catholique.
Non, nous ne cherchons pas à « analyser la manière dont ces évolutions sont perçues dans le débat public » ou plutôt ce n'est pas que cela. Nous avons un point de vue politique au meilleur sens du mot et il est clair. Non nous ne cherchons pas non plus, pas essentiellement du moins, à « analyser les transformations des cadres législatifs des dernières années ». Car le combat qui doit être le nôtre est un combat actuel. C'est bien aujourd'hui qu’affleure le scandale des violences sexuelles et physiques perpétrées dans des établissements privés catholiques, sans le moindre contrôle de l'Etat – un Etat qui semble ne s’intéresser qu’aux établissements musulmans.
C’est bien aujourd'hui aussi que la question des réparations touchant les victimes des crimes de prêtres pédophiles reste toujours sans réponse, malgré la révélation des 330 000 victimes révélées par le rapport Sauvé, sans que l'Etat lève le petit doigt.
C'est bien aujourd'hui encore qu’on dissout les associations, de plus en plus nombreuses, dès lors qu’elles portent un point de vue critique sur l'ordre social.
C’est bien aujourd’hui enfin que s’étend le plus grave des séparatismes : le séparatisme social, tellement visible, tellement évident dans le domaine scolaire, révélateur d’un séparatisme de classe qui divise et affecte toute la société. Si la laïcité garantit la liberté de conscience, on voit bien que celle-ci et profondément menacée dès lors que les inégalités sapent l’édifice social.
Pour conclure : la Libre Pensée du Rhône a commencé à interroger les candidats des principales villes de la Métropole pour préciser leur position
En matière de financement des cultes
En matière de relations avec l’enseignement privé
En matière de neutralité de la gestion communale
A quoi s’ajoute inévitablement, pour les candidats lyonnais, la demande de ne pas participer au vœu des Echevins, acte d’allégeance des élus à l’archevêché, par la remise d’un écu de la ville à l’issue d’une messe à Fourvière.
Et sur un plan général, pour savoir s’ils ou elles sont favorables :
- à l’abrogation des dispositions du Code de l’éducation issues des lois modifiées Falloux et Debré, compte tenu de l’ampleur du financement public de l’enseignement privé sous contrat et des inégalités scolaires et sociales croissantes qu’il engendre.
- à l’abrogation de la loi du 24 août 2021 « confortant le respect des principes de la République » qui introduit notamment le Contrat d’Engagement Républicain, source de difficultés dans de nombreuses communes, compte tenu des atteintes qu’elle porte aux lois du 1er juillet 1901 sur le contrat d’association et du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État.










